La force brutale, imprécise
La force brutale, imprécise, mais faite de cruauté froide et de jouissance maladive, prenait un visage. L’homme à la tête de poisson tremblait devant Elle. [Il s’agit d’un personnage nouveau, encore mal identifié. Je ne sais pas s’il est réel, ou s’il représente un sentiment, une idée. Ce personnage est l’essence même de mes terreurs.]
Oui, le pire advenait. A l’horizon noir, l’orage avait crevé.
Elle donnait les ordres. Les hommes en noir exécutaient. Elle apparaissait à l’improviste, n’importe où, dans les airs, dans les maisons.
Elle torturait elle même. Empalait des femmes enceintes. Emasculait des garçons de ses mains.
Elle seule possédait la science de faire espérer une grâce. De donner l’illusion d’un répit aux victimes. De les dresser les unes contre les autres, de les humilier, de les avilir.
Puis de les faire longuement espérer la mort.
Et lorsque la mort venait, hélas beaucoup trop tard, beaucoup trop attendue, toute trace d’humain avait déserté depuis longtemps le corps martyrisé et pantelant.
Son corps à Elle était difforme. Son corps ne se terminait pas de manière humaine.
Mais, parfois, son visage était séduisant. Son fin visage, menu, aigu, avec ses longs cheveux blonds descendant en volutes le long de son corps.
Attirés par son sourire enjôleur, de tout petits enfants tendaient des bras désespérés vers elle, au milieu des cris et des flammes.
Elle les laissait faire, puis leur coupaient les deux mains.
Elle caressait les adolescents avec ses cheveux blonds, en leur inspirant le désir.
Puis elle leur tranchait le membre viril.
[Je tente de fixer le plus précisément possible l’image de cet être féminin démoniaque. Or une seule morphologie me vient à l’esprit : le corps se termine par de repoussantes queues de serpents. Mais suis-je fidèle à mon rêve ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une réminiscence de la légende d’Ysèle ?]
Elle livrait les femmes, jeunes ou vieilles, à ses hommes. Elle poussait ceux-ci à accomplir les actes les plus atroces. Elle connaissait les gestes que les femmes craignent le plus. Elle les enseignait à ses hommes.
Ceux de ses hommes qui n’étaient pas assez cruels étaient punis. Ceux qui ne faisaient pas assez souffrir, souffraient. Ceux qui ne tuaient pas étaient tués.
Tout cela se passait dans un endroit précis. Les tortures avaient lieu quelque part. Je connaissais cet endroit. Il m’était à la fois familier et détestable.
[Ces images sont de moins en moins distinctes. Est-ce que je ne suis pas en train d’inventer, au fil de la plume?
Les images des rêves se mélangent avec d’autres images, qui me viennent, elles, d’Arkhâlia. Mais comment savoir ? Ce sont des souvenirs. Ils sont flous et sujets à caution, comme tous les souvenirs à Arkhâlia. Comme tout ce qui appartient au passé dans cette ville sans Histoire.
Je ne crois que ce qui est écrit dans mon journal. Le reste est flou. J’écris donc. Je relate maintenant des souvenirs.]
Je voyais la gare désaffectée, ces grands halls désertés et sinistres. Je voyais ces très jeunes arkhâliennes, blondes, au visage d’enfant. Je les voyais commettre l’impensable.
S’approcher, l’œil brillant, des braseros.
Je les entendais parler avec les hommes en noir. Il faisait nuit. Je devinais, dans l’ombre, des mains qui se touchaient, des corps qui se frôlaient.
Et la fête interdite pouvait commencer. A la lueur des flammes, dans les hangars et sur les quais, parmi les rails tordus. Les hommes en noir étaient plus nombreux que les jeunes filles.
Je voyais les corps adorables qui se livraient. Qui ne se refusaient rien.
J’entendais des gémissements de jouissance d’un côté, les râles mornes de l’autre. Les hommes en noir accomplissaient leur travail, sans joie, sans plaisir.
Comme toujours.
J’imaginais que les molosses eux-mêmes étaient conviés au festin de chair. J’aperçevais la bave qui pendait, épaisse, à leur lippe. Je surprenais, dans une flamme mourante, un arrière-train convulsif...
L’une des jeunes filles regarda dans ma direction, pâmée. Avec effronterie. Son oeil bleu, noyé de plaisir, me décocha un éclair de défi, irrésistible et triomphant, comme un reproche qui me déchira le cœur.
Je compris enfin. Ces jeunes arkhâliennes avaient toutes le même visage enfantin, les mêmes cheveux d’or.
Ce sont des doubles d’Ysée von Kürk.
Ainsi va la vie à Arkâlia.
Oui, le pire advenait. A l’horizon noir, l’orage avait crevé.
Elle donnait les ordres. Les hommes en noir exécutaient. Elle apparaissait à l’improviste, n’importe où, dans les airs, dans les maisons.
Elle torturait elle même. Empalait des femmes enceintes. Emasculait des garçons de ses mains.
Elle seule possédait la science de faire espérer une grâce. De donner l’illusion d’un répit aux victimes. De les dresser les unes contre les autres, de les humilier, de les avilir.
Puis de les faire longuement espérer la mort.
Et lorsque la mort venait, hélas beaucoup trop tard, beaucoup trop attendue, toute trace d’humain avait déserté depuis longtemps le corps martyrisé et pantelant.
Son corps à Elle était difforme. Son corps ne se terminait pas de manière humaine.
Mais, parfois, son visage était séduisant. Son fin visage, menu, aigu, avec ses longs cheveux blonds descendant en volutes le long de son corps.
Attirés par son sourire enjôleur, de tout petits enfants tendaient des bras désespérés vers elle, au milieu des cris et des flammes.
Elle les laissait faire, puis leur coupaient les deux mains.
Elle caressait les adolescents avec ses cheveux blonds, en leur inspirant le désir.
Puis elle leur tranchait le membre viril.
[Je tente de fixer le plus précisément possible l’image de cet être féminin démoniaque. Or une seule morphologie me vient à l’esprit : le corps se termine par de repoussantes queues de serpents. Mais suis-je fidèle à mon rêve ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une réminiscence de la légende d’Ysèle ?]
Elle livrait les femmes, jeunes ou vieilles, à ses hommes. Elle poussait ceux-ci à accomplir les actes les plus atroces. Elle connaissait les gestes que les femmes craignent le plus. Elle les enseignait à ses hommes.
Ceux de ses hommes qui n’étaient pas assez cruels étaient punis. Ceux qui ne faisaient pas assez souffrir, souffraient. Ceux qui ne tuaient pas étaient tués.
Tout cela se passait dans un endroit précis. Les tortures avaient lieu quelque part. Je connaissais cet endroit. Il m’était à la fois familier et détestable.
[Ces images sont de moins en moins distinctes. Est-ce que je ne suis pas en train d’inventer, au fil de la plume?
Les images des rêves se mélangent avec d’autres images, qui me viennent, elles, d’Arkhâlia. Mais comment savoir ? Ce sont des souvenirs. Ils sont flous et sujets à caution, comme tous les souvenirs à Arkhâlia. Comme tout ce qui appartient au passé dans cette ville sans Histoire.
Je ne crois que ce qui est écrit dans mon journal. Le reste est flou. J’écris donc. Je relate maintenant des souvenirs.]
Je voyais la gare désaffectée, ces grands halls désertés et sinistres. Je voyais ces très jeunes arkhâliennes, blondes, au visage d’enfant. Je les voyais commettre l’impensable.
S’approcher, l’œil brillant, des braseros.
Je les entendais parler avec les hommes en noir. Il faisait nuit. Je devinais, dans l’ombre, des mains qui se touchaient, des corps qui se frôlaient.
Et la fête interdite pouvait commencer. A la lueur des flammes, dans les hangars et sur les quais, parmi les rails tordus. Les hommes en noir étaient plus nombreux que les jeunes filles.
Je voyais les corps adorables qui se livraient. Qui ne se refusaient rien.
J’entendais des gémissements de jouissance d’un côté, les râles mornes de l’autre. Les hommes en noir accomplissaient leur travail, sans joie, sans plaisir.
Comme toujours.
J’imaginais que les molosses eux-mêmes étaient conviés au festin de chair. J’aperçevais la bave qui pendait, épaisse, à leur lippe. Je surprenais, dans une flamme mourante, un arrière-train convulsif...
L’une des jeunes filles regarda dans ma direction, pâmée. Avec effronterie. Son oeil bleu, noyé de plaisir, me décocha un éclair de défi, irrésistible et triomphant, comme un reproche qui me déchira le cœur.
Je compris enfin. Ces jeunes arkhâliennes avaient toutes le même visage enfantin, les mêmes cheveux d’or.
Ce sont des doubles d’Ysée von Kürk.
Ainsi va la vie à Arkâlia.

